L’audit d’acquisition, souvent appelé « due diligence », est un processus contractuel et méthodique qui intervient généralement après la signature de la lettre d’intention (LOI). Contrairement à un audit légal du commissaire aux comptes, il ne s’agit pas d’une mission de certification avec expression d’une opinion, mais d’un examen approfondi visant à valider les informations communiquées par le cédant et à identifier les risques susceptibles d’affecter la valeur de l’entreprise.
Véritable outil d’aide à la décision, il permet à l’acquéreur de s’engager en toute connaissance de cause avant la reprise d’une entreprise.
Le cadre et l’accès aux données
L’audit débute par la définition d’une lettre de mission précisant les objectifs, le périmètre des travaux et les responsabilités de chacun.
Les échanges d’informations s’effectuent via une Virtual Data Room (VDR), qui centralise l’ensemble des documents nécessaires : comptes annuels, situations intermédiaires, contrats, éléments juridiques et sociaux.
Cette phase suppose une collaboration étroite avec le cédant, la qualité et l’exhaustivité des informations transmises conditionnant directement la pertinence des analyses.
L’analyse de la rentabilité réelle (EBITDA)
Le cœur de l’audit financier consiste à apprécier la performance économique récurrente de l’entreprise.
L’expert-comptable procède à des retraitements visant à obtenir un EBITDA normatif :
- Élimination des éléments exceptionnels ou non récurrents
- Ajustement des charges ou produits atypiques
- Prise en compte des impacts liés au changement de dirigeant ou d’organisation
L’objectif est de refléter la capacité durable de génération de résultats et de trésorerie, qui servira notamment de base à la valorisation.
L’examen de la structure financière et du BFR
L’analyse porte également sur la situation financière de l’entreprise à la date de référence :
- Niveau de trésorerie disponible
- Structure et conditions de l’endettement
- Engagements hors bilan éventuels
Un point d’attention particulier concerne le Besoin en Fonds de Roulement (BFR) :
- Analyse des délais clients et fournisseurs
- Étude de la rotation des stocks
- Identification des effets de saisonnalité
Cette analyse permet de déterminer un BFR normatif, essentiel pour éviter toute tension de trésorerie après la reprise et souvent intégré dans les mécanismes d’ajustement de prix.
La revue des risques (social, fiscal et juridique)
L’audit d’acquisition intègre une revue des principaux risques susceptibles d’engendrer des coûts futurs :
- Social : conformité des pratiques, analyse des contrats de travail, identification de contentieux éventuels
- Fiscal : cohérence des déclarations, exposition à un risque de contrôle ou de redressement
- Juridique : examen des contrats structurants (bail commercial, contrats clients/fournisseurs, clauses spécifiques)
Cette revue vise à identifier les passifs latents, qu’ils soient quantifiables ou non à ce stade.
Les points d’attention complémentaires
Selon les dossiers, l’audit peut également intégrer des analyses spécifiques, souvent réalisées avec d’autres conseils :
- Dépendance économique à un client ou fournisseur clé
- Qualité du chiffre d’affaires (récurrence, concentration, conditions commerciales)
- Investissements à prévoir à court ou moyen terme
- Conformité réglementaire propre à certains secteurs
Ces éléments viennent compléter la vision globale du risque et de la valeur.
La restitution : le rapport d’audit
À l’issue des travaux, l’expert-comptable remet un rapport d’audit structuré, mettant en évidence :
- Les principaux retraitements de performance
- Les points de vigilance identifiés
- Les risques potentiels et, lorsque possible, leur chiffrage
Ce rapport constitue un outil de négociation et de sécurisation :
- Ajustement du prix en fonction des écarts constatés
- Négociation de la garantie d’actif et de passif (GAP)
- Définition de conditions suspensives éventuelles
Un levier de sécurisation indispensable
L’audit d’acquisition représente un investissement généralement compris entre 3 000 € et 15 000 € pour une PME, variable selon la taille et la complexité de l’opération.
Au-delà de son coût, il constitue un levier essentiel de sécurisation :
- Il protège l’apport personnel du repreneur
- Il renforce la crédibilité du dossier auprès des partenaires financiers
- Il permet d’anticiper les premières décisions de gestion post-reprise
Conclusion
L’audit d’acquisition ne se limite pas à une analyse des comptes passés : il apporte une lecture critique et prospective de l’entreprise cible. En éclairant les zones de risque et en objectivant la performance, il permet à l’acquéreur de structurer son projet sur des bases solides et maîtrisées.


