Est-on moins payé au mois de février ?

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Chaque année, la même question revient : le mois de février, plus court que les autres, influence-t-il le montant de votre salaire ?
La réponse dépend essentiellement de la manière dont vous êtes rémunéré et de la nature des éléments inscrits sur votre bulletin de paie.

En tant qu’expert-comptable spécialisé en paie, je vous propose une explication claire et rigoureuse pour comprendre ce qui se joue réellement.

Si vous êtes salarié mensualisé : le principe de stabilité du salaire

En France, la majorité des salariés sont mensualisés. La mensualisation est un mécanisme légal qui permet de lisser la rémunération sur l’année.

Concrètement :

  • Votre salaire de base est fixé pour un mois.
  • Ce montant est identique, que le mois comporte 28, 29, 30 ou 31 jours.
  • Il est indépendant du nombre exact de jours calendaires.

Cela signifie que février n’a aucun impact sur votre salaire de base si vous travaillez à temps plein et que vous avez effectué toutes vos heures prévues.

Pourquoi ?
Parce que le droit du travail raisonne en temps de travail contractuel, et non en nombre de jours du calendrier.

Un salarié à temps plein travaille en principe une durée légale de 35 heures par semaine. Sur l’année, cela représente une durée globale qui est ensuite divisée pour produire un salaire mensuel constant.
Février est donc simplement un mois plus court dans le calendrier, mais pas un mois de travail réduit en droit.

Attention aux absences : c’est là que février peut jouer

La situation change lorsqu’il y a une absence non rémunérée (arrêt maladie sans maintien total, absence injustifiée, congé sans solde, etc.).

Dans ce cas, l’employeur doit pratiquer une retenue pour absence.
Or, plusieurs méthodes de calcul existent en paie :

  • méthode en heures réelles du mois,
  • méthode en jours ouvrés (jours habituellement travaillés),
  • méthode en jours ouvrables (tous les jours sauf dimanche et jours fériés).

Selon la méthode appliquée par l’entreprise (qui doit être juridiquement cohérente), le montant retenu peut légèrement varier d’un mois à l’autre.

C’est ici que février peut avoir un effet indirect :
puisque le mois comporte moins de jours calendaires, la base de calcul peut être différente.

Ce n’est donc pas le salaire de base qui change, mais la mécanique de calcul des absences qui peut produire un impact.

Si vous êtes payé à l’heure : la logique est différente

Pour les salariés rémunérés strictement à l’heure (certains contrats à temps partiel, intérimaires, contrats spécifiques), le raisonnement change.

Dans ce cas :

  • Le salaire dépend du nombre d’heures réellement travaillées.
  • Si le planning prévoit moins d’heures en février, la rémunération peut être inférieure.
  • Si l’horaire contractuel est stable chaque semaine, le nombre d’heures travaillées reste généralement équivalent, même en février.

Il faut donc distinguer :

  • un horaire contractuel fixe (stabilité),
  • d’un volume d’heures variable selon le calendrier.

Les primes, variables et heures supplémentaires

Février peut également influencer certains éléments variables :

Heures supplémentaires

Elles dépendent du nombre d’heures réellement effectuées au-delà de la durée légale ou conventionnelle.
Le mois plus court ne change rien en soi, mais l’organisation du calendrier peut modifier le nombre d’heures supplémentaires réalisées.

Primes liées à la présence

Certaines primes sont calculées en fonction du temps de présence dans le mois.
En cas d’absence, l’impact peut différer selon la méthode de proratisation utilisée.

Forfait jours

Pour les salariés en forfait jours, le raisonnement est annuel : le nombre de jours travaillés est défini sur l’année, pas au mois.
Février n’a donc pas d’impact spécifique sur le salaire mensuel.

Le cas particulier des années bissextiles

Lorsqu’il y a 29 jours en février, cela ne change rien pour un salarié mensualisé.
Le salaire reste identique, car il est basé sur une logique annuelle lissée.

Conclusion

Le mois de février ne constitue pas une exception juridique en matière de paie.
Ce qui peut créer une variation n’est pas le nombre de jours du mois en lui-même, mais :

  • la méthode de calcul des absences,
  • la nature de votre contrat,
  • la présence d’éléments variables.

Si vous constatez une différence sur votre bulletin de paie, commencez par vérifier :

  • votre type de rémunération (mensualisée ou horaire),
  • la présence d’absences,
  • les lignes variables du bulletin.

Dans la grande majorité des cas, il ne s’agit pas d’une erreur, mais d’un mécanisme de calcul prévu par les règles de paie.

En cas de doute, n’hésitez pas à demander des explications au service paie : vous avez parfaitement le droit de comprendre votre bulletin.