L’augmentation de capital par incorporation de compte courant d’associé constitue une opération courante dans la vie des sociétés. Elle permet de transformer une créance détenue par un associé à l’encontre de sa société en capital social, sans nécessiter de nouvel apport de trésorerie. Cette solution peut notamment être envisagée pour renforcer les capitaux propres, améliorer la présentation financière de l’entreprise ou faciliter l’entrée de nouveaux partenaires.
Sur le plan juridique et comptable, cette opération suppose toutefois de respecter plusieurs conditions. La nature de la créance, les modalités de sa conversion et les décisions collectives nécessaires doivent être examinées avec attention. Il convient également de distinguer l’incorporation d’un compte courant d’associé d’une augmentation de capital réalisée par apport en nature, deux opérations qui ne répondent pas exactement aux mêmes règles.
1. Comprendre le mécanisme de l’augmentation de capital par incorporation de compte courant
Qu’est-ce qu’un compte courant d’associé ?
Un compte courant d’associé correspond à une somme mise à la disposition d’une société par l’un de ses associés. Il peut notamment résulter d’avances de trésorerie, du paiement de dépenses pour le compte de l’entreprise ou de sommes laissées à la disposition de celle-ci.
Contrairement à un apport au capital, cette avance constitue une dette inscrite au passif du bilan. L’associé conserve donc une créance sur la société et peut, sous réserve des dispositions statutaires et conventionnelles applicables, en demander le remboursement.
Cette distinction est essentielle : les sommes inscrites en compte courant ne constituent pas du capital social et ne confèrent pas, en tant que telles, de droits sociaux supplémentaires.
En quoi consiste l’incorporation du compte courant au capital ?
L’incorporation consiste à convertir tout ou partie de la créance détenue par l’associé en titres représentatifs du capital de la société.
Concrètement, la société ne rembourse pas la somme due. En contrepartie, elle procède à une augmentation de capital au profit de l’associé créancier. La dette inscrite au passif est alors remplacée, à hauteur du montant converti, par des capitaux propres.
Prenons l’exemple d’une société dont un associé détient un compte courant créditeur de 50 000 €. Les associés décident de convertir cette créance en capital social.
L’opération permet de supprimer une dette de 50 000 € au bilan et d’augmenter les capitaux propres du même montant, sous réserve des modalités retenues pour l’émission des nouveaux titres.
L’entreprise renforce ainsi sa structure financière sans recevoir de liquidités supplémentaires.
2. Quelles sont les conditions pour incorporer un compte courant d’associé au capital ?
Une créance certaine, liquide et exigible
La conversion d’un compte courant d’associé repose sur l’existence d’une créance réelle à l’encontre de la société.
Pour réaliser une augmentation de capital par compensation avec une créance, celle-ci doit être certaine, liquide et exigible.
- Certaine : l’existence de la dette ne doit pas être contestable.
- Liquide : son montant doit être déterminé ou déterminable.
- Exigible : son remboursement doit pouvoir être demandé immédiatement.
Ces conditions doivent être vérifiées à la date de réalisation de l’opération. Une convention de blocage du compte courant ou une clause prévoyant un remboursement différé peut notamment avoir une incidence sur l’exigibilité de la créance.
Une décision d’augmentation de capital prise par les associés
L’incorporation d’un compte courant suppose une décision collective des associés selon les règles applicables à la forme juridique de la société.
Dans une SARL, l’augmentation de capital relève de la compétence des associés réunis en assemblée ou consultés dans les conditions prévues par les textes et les statuts.
Dans une SAS, les modalités de décision sont principalement déterminées par les statuts, dans le respect des dispositions légales applicables.
La décision doit notamment préciser le montant de l’augmentation de capital, le nombre de titres émis, leur valeur nominale, les éventuelles primes d’émission ainsi que les modalités de libération.
L’associé qui apporte sa créance au capital doit également accepter les conditions de conversion proposées.
Une augmentation de capital avec ou sans prime d’émission
La conversion du compte courant peut être réalisée à la valeur nominale des titres ou avec une prime d’émission.
La prime d’émission permet notamment de tenir compte de la valeur économique de la société et d’éviter qu’un nouvel associé ou un associé dont la créance est convertie bénéficie de droits disproportionnés par rapport à la situation des associés existants.
Par exemple, lorsqu’une société dispose déjà d’une valeur économique significative, émettre de nouveaux titres uniquement à leur valeur nominale peut entraîner une dilution économique des associés historiques.
La détermination des conditions financières de l’opération mérite donc une attention particulière, notamment lorsque plusieurs associés détiennent des participations différentes.
3. Quel est le rôle du commissaire aux comptes dans une augmentation de capital par incorporation de compte courant ?
La conversion d’un compte courant d’associé ne doit pas être confondue avec un apport en nature. Elle repose sur la compensation entre une créance détenue par l’associé et le montant qu’il doit libérer au titre de sa souscription au capital.
Cette distinction a une conséquence directe sur la nature de l’intervention professionnelle nécessaire.
Le certificat du commissaire aux comptes en cas de compensation de créances
Dans les sociétés par actions, notamment les SA et les SAS, l’article L. 225-146 du Code de commerce prévoit que la libération des actions par compensation avec des créances liquides et exigibles est constatée par un certificat établi par le notaire ou le commissaire aux comptes de la société.
Lorsque la société ne dispose pas de commissaire aux comptes, un professionnel peut être désigné spécialement à cet effet, conformément aux dispositions légales.
Ce certificat tient lieu de certificat du dépositaire des fonds. Il permet de constater que la souscription des nouveaux titres a bien été libérée par compensation avec la créance détenue sur la société.
Le commissaire aux comptes intervient ainsi pour vérifier la réalité et le montant de la créance retenue dans le cadre de l’opération.
Faut-il désigner un commissaire aux apports ?
Non, pas en principe.
L’incorporation d’un compte courant d’associé constitue une augmentation de capital libérée par compensation de créance. Elle ne correspond pas à un apport en nature nécessitant l’évaluation d’un bien ou d’un droit transféré à la société.
Par conséquent, la seule conversion d’un compte courant en capital ne justifie pas la nomination d’un commissaire aux apports.
La situation est différente lorsqu’un associé souhaite apporter à la société un immeuble, un fonds de commerce, des titres, du matériel ou tout autre élément patrimonial en contrepartie de nouveaux titres. Il s’agit alors d’un apport en nature, dont l’évaluation peut nécessiter l’intervention d’un commissaire aux apports selon la forme juridique de la société et les éventuelles dispenses applicables.
4. Quelles sont les conséquences comptables et financières de l’opération ?
Une amélioration de la structure financière de la société
L’un des principaux intérêts de cette opération réside dans le renforcement des capitaux propres.
Lorsqu’un associé laisse des sommes à disposition de la société, celles-ci figurent normalement au passif du bilan dans les comptes de dettes financières. Leur conversion en capital entraîne une diminution de l’endettement et une augmentation des capitaux propres.
Cette évolution peut présenter plusieurs avantages :
- Améliorer le ratio d’endettement de l’entreprise ;
- Renforcer la présentation du bilan auprès des établissements bancaires ;
- Faciliter la négociation de nouveaux financements ;
- Améliorer la situation des capitaux propres lorsque ceux-ci sont devenus inférieurs à la moitié du capital social.
Il faut néanmoins rappeler que l’opération ne génère aucune trésorerie supplémentaire. Elle modifie la structure du passif, mais ne procure pas de liquidités nouvelles à l’entreprise.
Quelles écritures comptables enregistrer ?
Sur le plan comptable, l’opération se traduit par la disparition de la dette inscrite au compte courant d’associé et par la constatation de l’augmentation des capitaux propres.
Prenons l’exemple d’une société qui transforme un compte courant créditeur de 50 000 € en capital, sans prime d’émission.
L’écriture comptable consiste à débiter le compte 455 « Associés – Comptes courants » et à créditer le compte 101 « Capital social », pour le montant correspondant.
Si une prime d’émission est prévue, la fraction correspondante est enregistrée dans le compte 1041 « Primes d’émission ».
Cette comptabilisation intervient lorsque l’augmentation de capital est effectivement réalisée, conformément aux décisions sociales et aux justificatifs de l’opération.
Une modification de la répartition du capital social
La conversion d’un compte courant peut également modifier l’équilibre entre les associés.
L’associé qui transforme sa créance en capital reçoit de nouvelles parts sociales ou actions. Sa participation dans la société peut donc augmenter, tandis que le pourcentage de détention des autres associés peut diminuer.
Il convient d’anticiper ces conséquences avant de décider de l’opération, notamment lorsque les associés ne participent pas tous à l’augmentation de capital.
La répartition des droits de vote, les droits aux bénéfices et les éventuelles clauses statutaires doivent être examinés afin d’éviter toute difficulté ultérieure.
5. Quelles sont les étapes pour réaliser une augmentation de capital par incorporation de compte courant ?
La réalisation de l’opération nécessite une préparation juridique, comptable et financière. Plusieurs étapes doivent être respectées pour sécuriser la conversion.
Étape 1 : vérifier le solde du compte courant
Il convient tout d’abord de contrôler le montant de la créance détenue par l’associé.
Cette vérification repose notamment sur :
- Le grand livre comptable et la balance générale ;
- Les justificatifs des avances effectuées ;
- La convention de compte courant, si elle existe ;
- Les éventuels intérêts inscrits au crédit du compte.
L’objectif est de s’assurer que le montant retenu correspond bien à une dette réelle de la société et que les conditions de compensation sont réunies.
Étape 2 : déterminer les modalités de l’augmentation de capital
Les associés doivent définir les caractéristiques de l’opération : montant de la conversion, nombre de titres à émettre, valeur nominale et éventuelle prime d’émission.
Il faut également déterminer les conséquences de l’opération sur la répartition du capital et les droits des associés.
Étape 3 : prendre les décisions collectives nécessaires
Une assemblée générale extraordinaire ou une décision collective prise dans les conditions prévues par les statuts doit autoriser l’augmentation de capital.
Les résolutions précisent notamment les modalités de souscription et de libération des nouveaux titres par compensation avec la créance détenue sur la société.
Étape 4 : faire constater la libération des titres
Dans les sociétés par actions, la libération des titres par compensation nécessite le certificat prévu par l’article L. 225-146 du Code de commerce.
Le commissaire aux comptes ou le notaire intervient dans les conditions prévues par ce texte pour constater la libération des actions.
Les modalités applicables aux SARL doivent être examinées au regard de leur régime juridique propre.
Étape 5 : accomplir les formalités de modification du capital
Une fois l’augmentation de capital réalisée, la société doit procéder aux formalités consécutives à la modification de ses statuts.
Celles-ci comprennent notamment :
- La mise à jour des statuts ;
- La publication d’un avis de modification dans un support d’annonces légales ;
- La déclaration de la modification auprès du guichet unique des formalités des entreprises.
6. Incorporation de compte courant ou apport en nature : quelles différences ?
Ces deux opérations permettent d’augmenter le capital social sans nécessairement mobiliser de nouvelles liquidités, mais leur fonctionnement juridique est différent.
| Critères | Incorporation de compte courant | Apport en nature |
|---|---|---|
| Nature de l’opération | Conversion d’une créance | Transfert d’un bien ou d’un droit |
| Contrepartie | Nouveaux titres | Nouveaux titres |
| Évaluation | Vérification de la créance | Évaluation du bien apporté |
| Commissaire aux apports | Non requis du seul fait de l’opération | Intervention selon les règles applicables |
| Trésorerie nouvelle | Non | Non, sauf soulte éventuelle |
L’apport en nature peut notamment concerner un immeuble, un fonds de commerce, des titres de participation, un brevet ou du matériel professionnel.
Dans ce cas, le commissaire aux apports a pour mission d’apprécier la valeur des biens apportés et de présenter ses conclusions dans un rapport. Son intervention vise notamment à protéger les associés et les tiers contre une surévaluation des apports.
Il ne faut donc pas confondre le certificat constatant la libération des titres par compensation de créance avec le rapport d’évaluation établi par un commissaire aux apports.
7. Dans quels cas envisager une augmentation de capital par conversion de compte courant ?
Plusieurs situations peuvent justifier le recours à cette opération.
Renforcer les capitaux propres : lorsqu’une société a accumulé des dettes envers ses associés, la conversion de ces créances permet de consolider durablement sa structure financière.
Préparer une demande de financement bancaire : certaines entreprises souhaitent améliorer la présentation de leur bilan avant de solliciter un établissement bancaire. La diminution de l’endettement peut constituer un élément favorable dans l’analyse du dossier.
Remédier à une situation de capitaux propres dégradés : lorsque les capitaux propres deviennent inférieurs à la moitié du capital social, une augmentation de capital par compensation peut contribuer à rétablir la situation financière de la société.
Organiser l’entrée d’un nouvel investisseur : un investisseur ayant préalablement financé l’entreprise par un compte courant peut envisager de convertir sa créance en capital. Cette solution permet de transformer une relation de créancier en participation au capital.
Il convient toutefois de rappeler que l’opération ne garantit pas, à elle seule, le rétablissement de la situation financière de l’entreprise. Son intérêt doit être apprécié au regard de l’endettement global, des perspectives d’activité et des besoins de financement.
Conclusion : une opération à préparer avec attention
L’augmentation de capital par incorporation de compte courant constitue un outil intéressant pour renforcer les fonds propres d’une société sans mobiliser de trésorerie supplémentaire. Elle permet de transformer une dette envers un associé en participation au capital, tout en modifiant potentiellement les équilibres financiers et les droits des associés.
Sa mise en œuvre suppose néanmoins de vérifier la nature et l’exigibilité de la créance, de définir les conditions de conversion et de respecter les formalités propres à la forme juridique de la société.
L’intervention d’un professionnel du chiffre permet de sécuriser les aspects financiers et comptables de l’opération. Lorsque celle-ci implique une libération d’actions par compensation de créances, le recours à un commissaire aux comptes peut également être nécessaire pour établir le certificat prévu par le Code de commerce.


